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Le bassin versant d’Auradé
Le dispositif expérimental mis en place sur une partie du bassin versant d’Auradé depuis maintenant plus de 20 ans en fait un cas instructif. Ce dispositif a montré que le raisonnement de la fertilisation ne pouvait pas à lui seul garantir la stabilité des résultats (baisse significative des concentrations en nitrates). Le couplage (généralisé sur l’ensemble du bassin versant) du raisonnement et de l’implantation de bandes enherbées est apparu indispensable . La combinaison de ces deux mesures a permis de retrouver une concentration en nitrates inférieure à 50 mg/l dans les cours d’eau et d’atténuer les pics. Les efforts portés sur le raisonnement des produits phytosanitaires ont également eu un impact sur l’état du milieu et les résultats sont significatifs 10 ans après les premières modifications de pratiques.

Le contexte

Le bassin versant d’Auradé est représentatif des coteaux argilo-calcaires du Gers et de la Haute-Garonne :

  • paysages de coteaux avec de fortes pentes (15 à 20%)
  • sols argilo-calcaires avec un substratum molassique imperméable

Surface agricole utile : 1 700 ha

Système de production : céréaliculture en sec avec une rotation tournesol/blé

Le Site d’Auradé

Objectif de l’expérimentation

Dès 1980, la société Grande Paroisse S.A. a mis en place des dispositifs expérimentaux d’observations et d’essais dans la région de Toulouse, afin d’étudier l’impact des pratiques agricoles sur la qualité des eaux de surface, suite à une augmentation régulière de leur teneur en nitrates. Un site du bassin versant d’Auradé ( 328 ha) a bénéficié d’un tel dispositif suivi pendant 10 ans, de 1980 à 1990. Les expérimentations et observations ont mis en évidence au moins deux points essentiels :

  • l’élévation de la concentration des eaux en nitrates est la conséquence directe des techniques culturales adoptées et du régime des pluies,
  • la structure géographique influe sur la dynamique de l’azote.

A l’issue de l’expérimentation, les agriculteurs d’Auradé ont décidé d’appliquer un certain nombre de mesures afin de restaurer la qualité de l’eau.

Actions mises en place
  • Raisonnement de la fertilisation azotée La généralisation du raisonnement de la fertilisation azotée a pu se faire à partir du développement d’un logiciel TOP’Az. Le calcul repose sur le principe du bilan azoté de la culture, mettant en équilibre :

    La demande, c’est-à-dire l’objectif de rendement raisonnable de la culture : cet objectif est une réflexion a priori, qui préjuge du climat à venir.

    L’offre, c’est-à-dire la fourniture du sol et l’apport en engrais : la fourniture du sol est la résultante des phénomènes complexes de minéralisation et d’organisation des différents pools d’azote du sol. Ce poste n’est pas toujours bien perçu par l’agriculteur et souvent mal quantifié.

    L’historique de toutes les parcelles du bassin versant expérimental ( 328 ha) et un grand nombre d’autres parcelles de la commune (environ 2 000 ha) est enregistré et a permis de délivrer un conseil à la parcelle.

  • Raisonnement des traitements phytosanitaires

    Un groupe technique phytosanitaire a mis en place un protocole d’observation et de raisonnement des traitements phytosanitaires.

    Le contenu de ce protocole est le suivant :

    - Lutte contre les adventices :

    • Inventaire des adventices présents
    • Stratégie de lutte : choix du produit en fonction de la flore locale, raisonnement de l’utilisation de certains produits présentant un fort taux de détection dans les eaux du bassin, alternance des substances actives à utiliser

    - Lutte contre les maladies et ravageurs :

    • Choix des variétés les moins sensibles aux maladies
    • Prise en compte des préconisations locales
    • Identification du risque parasitaire à la parcelle : le protocole précise pour chaque maladie et ravageur les périodes et les méthodes d’observation, les seuils d’intervention et les produits préconisés
     

    Les agriculteurs sont accompagnés dans leur démarche par l’association des agriculteurs et ses partenaires techniques.

  • Implantation de bandes enherbées

    Des bandes enherbées ont dans un premier temps été implantées sur le site expérimental, durant la campagne 1989/1990. L’enherbement en dactyle et fétuque a porté sur une longueur de berge de 200 m et une largeur variant de 6 à 15 m.

    L’implantation de bandes enherbées a ensuite été étendue à l’ensemble du bassin versant d’Auradé.

    À la fin de l’année 1996, la superficie des berges enherbées s’élevait ainsi à 31 ha. Le taux d’enherbement atteignait 90% (et même 98% sur le site expérimental).

    Les travaux d’enherbement, de plantation et d’entretien ont été réalisés par 45 agriculteurs de la commune d’Auradé, regroupés au sein d’une association loi 1901, créée en 1992

 

Conditions de financement

La mise en place des bandes enherbées s’est effectué dans le cadre des mesures agro-environnementales : engagement contractuel de retrait des terres arables pour une durée de 5 ans.

Résultats obtenus
  •  Evolution des pratiques et productions agricoles

Les agriculteurs ont raisonné la fertilisation azotée. Ils ont diminué les quantités de produits phytosanitaires appliqués, par un meilleur raisonnement et un dosage plus faible des substances actives utilisées. Les rendements et la qualité des récoltes n’ont pas diminué.

  • Evolution de l’état des ressources en eau

 Dans le site expérimental, des bougies poreuses ont été implantées à 30, 60 et 90 cm pour mesurer l’effet de l’enherbement :

    • au pied d’un versant cultivé en blé tendre, en amont de la bande enherbée,
    • au bord du ruisseau, après une bande enherbée implantée avec une largeur de 6 m,
    • au bord du ruisseau, après une bande enherbée implantée avec une largeur de 12 m.

Les mesures ont conduit aux résultats suivants :

    • Après bande enherbée, les teneurs en nitrates sont nettement inférieures à celles mesurées au-dessus de la bande.
    • A partir de février 1990, les nitrates sont quasiment absents en bord de cours d’eau alors qu’ils restent très présents en bordure de parcelle cultivée.
    • Les bandes enherbées d’une largeur de 8 à 12 m sont les plus efficaces dans la réduction de la concentration en nitrates.

Par ailleurs, 5 ensembles de préleveur et débitmètre fonctionnant en continu ont été mis en place sur trois principaux ruisseaux du bassin versant, dont l’un à l’exutoire du site expérimental.

Les analyses effectuées sur les échantillons d’eau prélevés à l’exutoire révèlent une diminution significative des concentrations en nitrates et produits phytosanitaires depuis l’implantation des bandes enherbées, le raisonnement de la fertilisation azotée et celui des produits phytosanitaires (cf annexe).

Commentaires

Malgré les premiers résultats positifs enregistrés, il convient de noter que ce type de démarche s’inscrit dans la durée et qu’il est largement conditionné par un engagement massif des agriculteurs du bassin versant concerné.

Annexe : impact des mesures mises en place sur l’état du milieu

Evolution des quantités d’engrais dans l’eau

Evolution des concentrations en phytosanitaires

Substances actives détectées à l’exutoire
du bassin versant d’Auradé - 2003


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